Reiki : être ou ne pas être ?
« To be, or not to be, that is the question. » La célèbre interrogation de Hamlet pourrait, à bien y regarder, devenir le fil conducteur d'une réflexion sur notre rapport au Reiki. Car derrière la simplicité apparente de cette pratique se cache une question fondamentale, parfois éludée : le Reiki est-il quelque chose que l'on fait, ou quelque chose que l'on est ?
Le Reiki, une souce extérieure ?
Lorsque le Reiki a voyagé du Japon traditionnel jusqu'en Occident, comme tout enseignement traversant des cultures, il a été reformulé à travers les grilles de lecture qui nous étaient familières. Une partie de la transmission s'est alors orientée vers une explication rationnelle, plus opérationnelle, qui répondait à un besoin réel de cadre et de méthode auprès du public occidental.
De cette traduction est née une approche assez répandue, où le Reiki tend à être présenté comme une énergie distincte de soi, à laquelle on se connecte, que l'on capte, que l'on "canalise" et que l'on transmet.
Dans cette lecture, la qualité de ce qui « passe » peut dépendre de nombreuses variables : l'état du jour, la fatigue, la justesse des symboles, la rigueur du protocole, la pureté de l'intention, le bon placement des mains, etc. Le praticien peut alors parfois se vivre, sans toujours s'en rendre compte, comme un technicien de l'invisible, parfois traversé par le doute de « ne pas être assez ».
Cette manière de présenter le Reiki a son utilité : elle rassure, elle structure, elle donne des repères concrets à celles et ceux qui débutent et qui ne peuvent s'imaginer "être Reiki". Elle permet à beaucoup d'aborder plus facilement la pratique et d'y trouver de réels bienfaits.
Mais elle comporte aussi ses limites, surtout en ces temps ou la conscience collective accède à des compréhensions de la nature humaine beaucoup plus vaste. Un nombre croissant de praticiens ressentent, au fil du temps, qu'il manque quelque chose.
Une intuition discrète mais persistante leur souffle que cela devrait être plus simple, plus naturel... moins une affaire de technique et de vigilance, et davantage une affaire de présence et de retour à soi.
Cette petite voix intérieure n'est pas un signe d'égarement : elle est, bien souvent, le tout premier mouvement du souvenir.
Explorons celà d'un peu plus près...
Reiki on ? Reiki off ?
L'une des conséquences les plus paradoxales de cette lecture est ce que l'on pourrait appeler le syndrome du Reiki on / Reiki off. Le praticien « allume » le Reiki au début de la séance, en posant ses mains, en activant ses symboles, en suivant son protocole. Puis il « l'éteint » à la fin, en se déconnectant rituellement. Entre les deux, il aurait été un canal. Avant et après : il redevient simplement lui-même, séparé de cette énergie.
Mais cette représentation est-elle cohérente avec ce que disait Mikao Usui lui-même ? Lorsqu'il affirmait : « Tout dans l’univers possède le Reiki sans exception. », il ne décrivait pas une énergie parmi d'autres, qu'il faudrait aller chercher quelque part. Il pointait vers une réalité unique, indivisible, dont tout émerge... et dont nous-mêmes émergeons.
Si tout dans l'univers possède le Reiki, comment pourrait-il y avoir, à un quelconque moment, une déconnexion ? Comment pourrait-il s'allumer ou s'éteindre comme une lampe ? Et surtout : comment pourrions-nous, ne serait-ce qu'un instant, en être réellement séparés ?
Pendant que vous lisez cet article, pensez-vous être séparé de l'univers ? du ciel ? de la terre ?
Cette mécanique du « on/off » trahit une conception dualiste de l'énergie : on en aurait, on n'en aurait plus, on en attirerait, on en perdrait. Le praticien finit par ressembler à un appareil qu'il faudrait recharger, purifier, recalibrer. Et le Reiki, à un fluide à doser. On comprend alors la fatigue, le doute, le sentiment d'imposture qui guettent tant de praticiens : il peut être épuisant de se vivre comme l'intermédiaire d'une chose qui ne nous appartient pas.
Retour aux sources
Si l'on revient à la source, c'est-à-dire aux enseignements mêmes de Mikao Usui, un tout autre visage du Reiki apparaît.
Usui ne décrivait pas une technique de canalisation d'énergie. Il parlait d'une méthode pour atteindre le bonheur (Anshin Ritsumei), d'un état d'esprit serein et lumineux, ancré dans la nature profonde de l'être.
Les cinq préceptes :
- aujourd'hui seulement,
- ne te mets pas en colère,
- ne te fais pas de souci,
- sois reconnaissant,
- accomplis ton devoir avec diligence,
- sois bienveillant envers toi-même et les autres
n'étaient pas des recommandations morales accessoires : ils constituaient le cœur même de l'enseignement, la destination de notre GPS de praticien : l'expression même de notre nature profonde.
Le travail intérieur, les méditations et techniques, les pratiques intérieures des symboles et mantras, les reiju et les soins par les mains étaient entrelacés dans la voie.
Le mot Reiki lui-même renvoie à quelque chose d'infiniment plus vaste que ce que la traduction « énergie universelle de vie » laisse entendre.
- Rei évoque l'esprit, le sacré, la dimension non-née de l'existence.
- Ki désigne le souffle, la vitalité, le mouvement de la vie.
Reiki, dans cet horizon, n'est pas une énergie parmi d'autres : c'est la nature fondamentale de toute chose. C'est ce qui est, en deçà de toute séparation entre soi et le monde, entre celui qui donne et celui qui reçoit.
Usui le formulait avec une simplicité qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté : « Reiki existe en chacun ». Cette phrase, ne décrit pas le Reiki comme une ressource que l'on irait puiser ou que l'on apprendrait à manier. Elle le présente comme une qualité intrinsèque de toute existence. Une fleur, une pierre, un souffle, un être humain : rien n'en est dépourvu, rien n'en est séparé. Et donc, à plus forte raison, ni vous, ni moi, ni la personne que vous accompagnez.
L'approche originelle
Comme l'exprime Frans Stiene (International House of Reiki), qui a passé des dizaines d'années à étudier le système japonais d'Usui dans sa forme la plus dépouillée : vous êtes Reiki.
Le système n'est pas un dispositif pour aller chercher quelque chose à l'extérieur de vous. Il est un ensemble d'outils ; préceptes, méditations, symboles, mantras, postures, destinés à vous rappeler ce que vous êtes déjà.
Dans cette perspective, il n'y a rien à canaliser, rien à attirer, aucune énergie à acheminer d'un point A vers un point B.
Il y a un être humain qui, par les pratiques appropriées qui lui confèrent le bon état d'esprit, redécouvre sa propre nature lumineuse.
Les symboles ne sont pas des codes magiques qui ouvriraient des robinets cosmiques : ce sont des miroirs qui reflètent des qualités déjà présentes en nous : la force et la stabilité intérieure, l'harmonie émotionnelle et mentale, la clarté, l'interconnexion, l'amour-compassion, la grande lumière.
Le praticien ne « fait » pas de Reiki à quelqu'un. Il est Reiki, en présence d'un autre qui est également Reiki.
Et c'est cette reconnaissance silencieuse, cette présence à ce qui est déjà là, qui ouvre l'espace de libération propre au receveur, non pas comme une réparation venue d'ailleurs, mais comme un retour à l'harmonie originelle.
Le glissement subtil, du faire à l'être
Tout l'enjeu d'une pratique fidèle à l'esprit d'Usui réside dans ce glissement.
Tant que nous croyons devoir faire du Reiki, nous restons dans la dualité, dans l'effort, et parfois dans l'inquiétude de bien faire.
Nous évaluons nos séances, comparons nos sensations, mesurons les flux. Nous nous définissons par nos niveaux, nos lignées, nos certifications.
Nous ne le vivons pas de l'intérieur, comme notre souffle de vie.
Lorsque s'opère le retournement, lorsque nous comprenons que nous sommes Reiki, quelque chose se détend en profondeur. La pratique ne consiste plus à acquérir une compétence ni à mobiliser une énergie : elle consiste à se souvenir. À laisser tomber, séance après séance, méditation après méditation, ce qui nous fait croire que nous serions séparés du sacré, séparés du vivant, séparés de nous-mêmes.
Les techniques restent utiles, mais elles changent de statut. Les positions des mains ne sont plus des points de captation ; elles deviennent des gestes de présence.
Les symboles ne sont plus des outils ; ils deviennent des invitations à laisser s'incarner nos qualités intérieures les plus élevées.
Les préceptes ne sont plus des règles ; ils deviennent l'expression naturelle d'un être qui se souvient de sa nature.
La pratique comme éveil du souvenir de notre véritable nature
Voilà peut-être le plus beau renversement : la pratique du Reiki n'a rien à ajouter à ce que nous sommes. Elle n'a rien à nous donner que nous ne possédions déjà. Elle ne fait que dissiper, peu à peu, le brouillard qui nous voile à nous-mêmes.
Méditer, poser les mains, contempler un symbole, chanter un mantra, vivre les préceptes : tout cela ne sert pas à devenir quelque chose. Tout cela sert à cesser de croire que nous serions autre chose que ce que nous sommes déjà.
Le Reiki, dans cette compréhension, n'est ni à allumer, ni à éteindre, ni à canaliser, ni à protéger. Il est notre nature même, immuable, présente dans le geste de soin comme dans l'acte anodin, dans la séance formelle comme dans la promenade silencieuse, dans l'éveil comme dans le sommeil.
Comment cela se vit, concrètement ?
Cette bascule n'a rien de spectaculaire. Elle se manifeste par des micro-changements que l'on remarque souvent après coup.
Avant une séance, les praticien.ne.s qui ont fait ce chemin savent naturellement se mettre dans le bon état d'esprit, sans crainte, sans rituel anxieux. Ils ne cherchent plus à capter ni à activer quoi que ce soit : ils s'installent dans la résonance du Reiki qu'ils sont, afin que la personne accompagnée puisse, à son tour, s'y accorder. La préparation devient un geste simple, fluide, presque évident, celui de revenir à soi.
Pendant la séance, l'urgence intérieure s'apaise. On ne se demande plus « est-ce que ça passe ? », on ne scrute plus les sensations, on cesse de comparer. Le besoin de performer s'efface, et c'est paradoxalement dans cette absence d'attente que beaucoup de choses se déposent.
Dans une conversation difficile, ils savent s'ancrer dans le hara, respirer, et laisser le Reiki couler librement en eux et autour d'eux pour s'apaiser et apaiser, par résonance, l'énergie de la relation. Pas de séance de récupération à programmer pour le soir : la pratique est devenue une manière d'être, disponible à chaque instant, sans avoir à activer quoi que ce soit.
Dans les jours difficiles, où l'on se sent loin de tout, on comprend qu'il est impossible d'être loin de ce qu'on est. La fatigue reste de la fatigue, le doute reste du doute, mais on cesse de les interpréter comme des signes de séparation. On accepte plus facilement ces états pour les laisser se dissiper d'eux-même.
Et en arrière-plan de tout cela, un sentiment doux et persistant s'installe presque à notre insu : celui d'être porté. Pas par une présence extérieure, mais par notre propre nature qui ne s'absente jamais.
C'est à cela qu'on reconnaît la bascule : moins d'effort, plus de lâcher-prise, une présence plus stable y compris en dehors de la pratique formelle, une confiance concrète qui ne tremble plus à chaque séance, une joie plus simple qui n'attend pas d'occasion. On cesse d'avoir l'impression d'être à côté de sa vie spirituelle. On commence à la vivre, ans rendez-vous, sans interrupteur, sans condition.
Quand le regard s'éclaircit, la réalité s'ouvre
Lorsque notre regard se pose avec clarté sur la réalité, celle-ci s'ouvre à tout son potentiel. Et cette ouverture ne se limite pas à un changement de perception : elle a des effets très concrets sur la vie que l'on traverse.
D'abord, notre paix intérieure devient plus stable, moins assujettie à ce qui se passe autour de nous. La réalité, quelle qu'elle soit, est vécue avec plus de fluidité, moins de résistance ; les difficultés gardent leur poids, mais elles cessent de tout faire vaciller.
Et puis, presque imperceptiblement, autre chose se déploie : notre capacité à co-créer notre vie s'allège. Pas par magie, ni par « attraction » de telle ou telle circonstance, mais simplement parce qu'un être qui ne lutte plus contre lui-même perçoit plus finement, choisit plus juste, agit plus librement. Les portes s'ouvrent là où l'on s'arc-boutait à les forcer. Les rencontres trouvent leur chemin. Ce qui devait advenir advient avec moins d'obstacles, parce qu'il n'y a plus, en nous, autant de frictions pour le retenir.
Alors, être ou ne pas être Reiki ?
La question, en réalité, ne se pose pas.
Nous le sommes. Nous l'avons toujours été.
La seule chose qui nous reste à faire, c'est de nous en souvenir, et de laisser cette mémoire travailler en nous, jusqu'à ce qu'elle devienne notre manière la plus naturelle d'être au monde.
Bonne réflexion :)
Nathalie Annaloro
Si cette dimension du Reiki Ryoho vous parle, ou vous intrigue, les formations proposées chez Reiki Génération s'ancrent dans cette transmission traditionnelle japonaise. Chaque degré, chaque symbole, chaque pratique sont abordés non comme des outils à acquérir, mais comme des invitations à retrouver ce que l'on porte déjà.
© Nathalie Annaloro 2024 - RKG - www.reikigeneration.com. Tous droits réservés. Toute reproduction, diffusion ou utilisation, même partielle, sans autorisation préalable est interdite.

